03 octobre 2008
L'antichronique moralisatrice, gratuite et pompeuse de Womanos
I) Le Rap en France : La Mascarade?

Quoi de neuf depuis NTM?
Si la culture hip-hop est un mouvement artistique et social contestataire, est-ce que la musique rap doit l'être forcement? Mine de rien, la question se pose. D'aucuns diront que oui, ce qu'il y a d'intéressant dans le rap, ce sont les paroles, et qu'après tout la musique ne vient qu'en second plan, qu'elle ne vient même pas du tout pour quelques uns. Ce point de vue est à mon sens non seulement totalement dépassé, mais il abaisse en plus la musique rap au rang de style mineur : les rappeurs ne seraient après tout pas des musiciens à part entière, mais juste quelques néo-troubadours engagés politiquement et/ou socialement.
Découvrez Booba!
En fait, ce point de vue en arrange
beaucoup. A commencer par cette génération merdeuse de
rappeurs francophones. D'un côté nous avons Booba, de
l'autre, Sinik ou Diam 's. D'un côté nous avons le
provocateur au flow de chèvre exhibant bien plus sa dignité
phallique que ses talents d'artiste. De l'autre, nous avons les
chèvres engagées. Le pendant rap d'un Cali ; c'est dire
! Diam's par exemple, qui écrit le morceau « Marine »,
hymne aussi populiste que merdique d'un point de vue musical, et qui
se veut subversif. La seule subversion ici, c'est d'oser sortir un
titre aussi vide au niveau des idées qu'au niveau de la
création artistique.
Si dans les années 80 et 90, les aïeux Kool Shen et JoeyStarr conduisaient la machine de guerre NTM avec une rage sociale non-feinte, la qualité de leur musique n'était pas à chercher exclusivement dans le sens de leurs textes. La qualité musicale du duo était autrement supérieure à celle des Soprano, Sniper et autres couilles molles qui représentent. Les rythmiques de NTM étaient certes simpliste, mais la production irréprochable favorisait la puissance sonore du groupe. Les prestations live énormes étaient au rendez-vous (Live au Zenith), et le flow de JoeyStarr n'a jusqu'à aujourd'hui pas été égalé, ni même concurrencé, dans ce rap francophone là.
Découvrez Suprême NTM!
On l'aura bien compris, ce rap là n'a pas voulu évoluer. Se complaisant dans sa propre caricature, il est devenu aussi grotesque que mauvais. A écouter les spécialistes musicaux de France 2 & Co., le rap c'est bien, et Diam's en est une digne et remarquable représentante, d'autant plus qu'il s'agit d'une femme. Mon cul ouais, elle fait d'la merde en barres, avouez !
Découvrez Diam's!
A la vue de ce spectacle consternant, il faut donc chercher ailleurs l'intérêt du rap en France. La majorité des artistes dits « mainstream » ne se sont jamais posé la question, puisque le lobby d'une radio nationale très connue leur permet de vendre des dizaines de milliers d'exemplaires de leur infâme merde sonore, sans faire d'efforts.
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Sur la liste des artistes rap qui n'ont pas droit de cité sur la bien-nommée Skyrock, on retrouve plusieurs petites familles. Il y a bien sûr le rap dit « alternatif », au sein duquel bon nombre de groupes différents se côtoient, un peu en marge de la grande mascarade. Avec plus ou moins de bonheur, des gens comme Fuzati, TTC ou les Gourmets proposent une autre vision du rap. Les puristes du rap à l'ancienne les qualifieront de « faux rappeurs en bois », ce qui ne peut pas être le cas de Fayce le Virus. Ce dernier justement, est proche des Gourmets. CQFD.

Il y a aussi le rap sans concession de La Rumeur, groupe parisien qui ne fait pas dans la fausse provocation, et qui se contente d'user de son droit d'expression, au risque d'être inquiété par la justice, et par le ministre de l'intérieur d'alors ; Nicolas Sarkozy. La Rumeur maintes fois relaxés par la justice, Sarkozy et sa bande ont fait appel à chaque fois afin de faire condamner la formation parisienne. Musicalement, le groupe développe un rap axé sur le sens comme sur le fond. Les MCs ne disposent pas tous d'un flow vraiment remarquable (ils ne sont pas connus
pour la rapidité de leur élocution), mais la verve de leurs flows et leurs lyrics associés à l'ouverture musicale enrichie qu'on retrouve sur les instrus (Serge Teyssot-Gay, de Noir Désir à la guitare sur "Je suis une Bande Ethnique A Moi Tout seul") variées du groupe.
Pour continuer dans un rap à la facture classique quoiqu'inventive, il y a, dans un autre genre, celui distillé par Psykick Lyrikah, duo formé par le MC Arm et le DJ TeddyBear. Pour le coup, la qualité d'écriture est au rendez-vous, et ferait baver d'envier Sinik ou Diam's, encore faudrait qu'il que ces derniers se rendent compte du talent d'écriture d'Arm (Il faut absolument écouter leur premier album "Des Lumières sous la Pluie" et pourquoi pas aussi les suivants tant qu'on y est, tous très bons !).
Aussi, on pourra citer La Caution, peut être l'un des plus dignes représentants de notre rap francophone foisonnant. Les deux frères ont le mérite d'allier à la fois des instrus inventives et variées, et un flow efficace et esthétique, tout en tentant dans le même temps de proposer des lyrics originales prenant aussi bien en compte la forme que le fond.
Découvrez La Caution!
Ne nous arrêtons pas à cela pour autant. Le rap français est bien plus développé et diversifié qu'il ne le laisse transparaitre de prime abord. Tout comme le rock est un style musical qui regroupe de nombreux genres, le rap englobe quant à lui de nombreuses variantes. Ainsi le rap que propose Booba est différent de celui d'un Sinik dans la réalisation (d'ou le célèbre "clash" entre les deux, bien que cela relève également d'une basse querelle d'égos surdimentionnés). La musique de NTM privilégie la puissance sonore tandis que celle du Klub des Loosers (Fuzati) s'évertue à tirer la corde de l'humour noir et de la chronique sociale décalée.
Enfin, il y a les ovnis, ceux qu'on ne
saurait vraiment pas classer, qu'on hésite même à
qualifier. NonStop par exemple, et son rap angoissant, electroïde
et décalé, dont les lyrics, sous-couverts d'absurdités,
regorgent de sens-cachés sociaux : tout ce que les rappeurs de
cette nouvelle génération Skyrock n'ont pas eu le
talent de faire
Stupeflip est à n'en pas douter le groupe le plus hybride de la scène rap française. A tel point que certains n'osent pas le qualifier ainsi. Selon le "Crou", Stupeflip est une formation qui mélange "rock, rap et ritournelles de variété". Leur univers de prime abord très léger et complètement fou renferme en fait quelques subtilités et questions qui reviennent à maintes reprises sur leurs deux albums studios ("Stupeflip", puis "Stup Religion") : le thème de l'enfance est par exemple omniprésent dans leur musique, bien que le groupe ne s'en défende. Un univers très riche et complexe en somme qui place Stupeflip à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de cette grande famille du rap en France.
Découvrez STUPEFLIP!
Il ne s'agit bien sûr pas
d'opposer un rap mainstream à un rap underground et
alternatif. Ce débat là également est dépassé.
Mais force est de constater que les médias nationaux ne
remplissent absolument pas leur rôle de diffuseurs de culture.
Se contentant de proposer la plus basse fange de la musique rap
française, il se montrent indéniablement complices d'un
abaissement général du niveau montré sur les
ondes et les antennes. Comment peut-on affirmer que le rap est une
musique de grande qualité, comme toutes les autres, si les
points de comparaisons se nomment Diam's, Psy4 de la Rime ou encore Rohff. Pour rester dans le mainstream, et pour ne pas forcement avoir l'air de dire que l'alternatif est forcement meilleur ; prenons un contre exemple. Le Saian Supa Crew par exemple, qui allie avec talent humour et sérieux, le tout accompagné d'instrus drôles ou sombres, selon le titre. Leur meilleur album est certainement le second, X Raisons, alors que le premier, KLR, manquait de maturité, et que le troisième, Hold Up, sombrait trop souvent dans la facilité. Depuis, certains membres ont quitté le navire. Si Vicelow (noir à lunettes) est resté, Leeroy (sans doute le membre du SSC au meilleur flow) ainsi que Specta qui apportait une touche glauque aux titres du Crew, sont quant à eux partis.
Leeroy justement, sur son premier album studio "Open Bar", nous propose une imitation caustique très convaincante du "Rap Booba"sur Allo Docteur. Une manière de dire que la tendance actuelle, à singer B20 pour plaire au public, est tout à fait ridicule.
Découvrez Leeroy!
A travers tous ces exemples, on a bien vu que le rap en France ne va pas toujours dans la même direction. Au contraire, il est constitué de multiples courants, lesquels sont pour la plupart largement sous-représentés, tandis que d'autres monopolisent la couverture médiatique sur eux. C'est pour cette raison sans doute que certaines personnes se permettent de critiquer le rap alors qu'ils n'ont malheureusement pas toutes les cartes en main pour pouvoir se faire une idée un minimum objectif.
Ceux qui considèrent alors que
le rap n'est une musique monocorde et dotée d'une unique
facette brident
considérablement son potentiel de grande
musique, alors que les artistes les plus créatifs au sein de
ce style musical sont sans arrêt laissés dans l'ombre au
profit des arnaqueurs de premier rang. Alliant à la fois la
musicalité instrumentale et celle du flow, cette musique est
qualifiée par ses détracteurs de brouhaha non-mélodique.
Ceux-là confondent donc la musicalité et la mélodie,
et trouveront par conséquent que ce que font des gens comme Michel Sardou est
autrement plus légitime que le rap lorsqu'il s'agit de
qualifier une création d
e musique ou non. Ca peut paraître
absurde, mais pour certains, le rap n'est qu'une succession de mots
incompréhensibles, déblatérés sans technique ni
recherche. Ne les blâmons pas pour autant, et essayons de les
convertir à l'amour de la musique, quelle qu'elle soit, d'autant plus que le rap français est sans doute l'un des plus créatifs en ce moment ! Les groupes qui ont été cités ici, qu'il s'agisse de La Rumeur, le Saian Supa Crew, La Caution, Psykick Lyrikah, ou même le Klub des Loosers, TTC et Les Gourmets, en passant par Stupeflip et NonStop ont évidemment leur place sur la scène rap. Ils bénéficient tous d'un public plus ou moins conséquent, mais leur musique reste tout de même plus confidentielle que les rappeurs sponsorisés par Skyrock, MTV, etc.
Comme je le disais précédemment, il serait temps que les médias les plus exposés, et pas seulement les plus petits, commencent à être concernés par la culture. Cela vaut pour le rap c'est vrai, mais pas exclusivement. Il s'agit d'un exemple parmis d'autres, qui montre que les télévisions et radios nationales, ne font pas le maximum pou reveler au public ces artistes qui le méritent. Preuve en est, les Victoires de la Musique, on seuls quelques groupes propres sur eux ont le droit de prétendre à un prix. En 2005, La Caution sortait son excellent second album "Peine de Maures/Arc-en-Ciel pour Daltoniens". Dans la catégorie fourre-tout "Rap, Hip-hop, R'n'B", étaient nommés TTC certes, mais aussi Passi, Rohff, et Nadiya, cette dernière ayant remporté la recompense. Les Victoires de la Musique qui sont qualifiées de grane fête de la musique française, devraient logiquement récompenser le meilleur travail artistique. Au lieu de ça, la cérémonie fonctionne comme les autres cérémonies de recompense musicale cathodiques : On récompense celui qui vend le plus d'album ; ce qui revient à dire à demi-mot que ceux qui vendent le plus sont les meilleurs.
Découvrez Nonstop!
PS : je ne vous ai pas fais l'affront d'évoquer Sefyu ou Manau.
Le style change entre les deux, pas le niveau.
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