MangeDisque

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Mange-Disque : Blog de Chroniques musicales, Reviews de Concerts, forum. Plaisir et découvertes en perspective.

01 octobre 2008

DJ Danger Mouse – Grey Album

TRACKLIST
01 - Public Service Announcement
02 - What More Can I Say
03 - Encore
04 - December 4th
05 - 99 Problems
06 - Dirt Off Your Shoulder
07 - Moment Of Clarity
08 - Change Clothes
09 - Allure
10 - Justify My Thug
11 - Lucifer 9
12 - My First Song

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Découvrez Danger Mouse!

 

Le camarade Siomak m'a donné ici la bonne idée de réécouter l'album de remixes du talentueux DJ Danger Mouse (désormais membre de Gnarls Barkley), le «Grey Album », dont le concept fort audacieux était de mixer les titres du « White Album » des Beatles, à ceux du « Black Album » du rappeur Jay-Z. Un titre d'album en forme de boutade donc, pour une proposition musicale, qui n'a pourtant rien de risible.

 

Devant le succès imprévu de cet opus, la maison de disque EMI, détentrice des droits des anglais, demande l'interdiction pure et simple (les maisons de disques, elles sont pas là pour rigoler : si y'a des sous, ils les veulent ; sinon, personne les aura !) ; sans succès sur internet. Jay-z allant même jusqu'à diffuser ses flow du « Black Album » sur la toile pour encourager les remixes des internautes. Tout ça, c'est le buzz qui a gravité autour de cet opus singulier, mais toute cette agitation ne s'est pas créée en vain. Derrière ce fourmillement ambiant, un véritable album de grande qualité à été proposé par DJ DangerMouse.

 

Le flow de Jay-z est en parmanence parfaitement synchronisé à la rythmique et aux instrus des Beatles. Preuve en est, le magnifique seconde titre de l'album, « What More Can I Say », sur lequel le DJ New-Yorkais introduit le sample de « When My Guitar Gently Weeps », un des titres les plus réussis du White Album. Danger Mouse ne s'arrête pas là, et sur « Encore » les samples de « Glass Onion » et « Savoy Truffle » font un ravage en réponse au flow de Jay-Z (on pense notamment aux choeurs des Beatles et leurs célèbres « Oh Yeah »).

 

Tout l'album est marqué par l'utilisation de samples historiques comme ingrédients d'un album parfaitement réalisé. Le Dj remet au goût du jour certains titres, quoiqu'on en dise, jusque là plutôt poussiéreux. « Helter Skelter » est samplé sur « 99 Problems », « Hapiness is a Warm Gun » sur « Moment of Clarity » et enfin « Dear Prudence » sur Allure. Si ces samples sont pour certains peu modifiés, ils subissent en revanche par moment un relooking complet, de telle sorte qu'on peine presque à les reconnaître lorsqu'on est pas un fan absolu des quatre garçons dans le vent ! (« Allure » justement).

 

En bref, DJ Danger Mouse signe avec ce Grey Album, un album original, excitant, et réussi. Car si l'idée était bonne, la réalisation de celle-ci n'était pas forcément une chose aisée. Preuve supplémentaire du talent du DJ New-Yorkais.

Par Womanos.

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TV On The Radio – Dear Science

TRACKLIST

Halfway Home
Crying
Dancing Chose
Stork & Owl
Golden Age
Family Tree
Red Dress
Love Dog
Shout Me Out
DLZ
Lover’s Day

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Nous vous parlions il y a quelques temps d'un sympathique EP signé TV On The Radio en 2003 : Young Liars. Depuis cette livraison précoce,  la formation de Brooklin a parcouru bien du chemin, en proposant notamment deux très bons albums studios, « Desperate Youth, Blood Thirsty Babe » en 2004, puis « Return to Cookie Mountain » en 2006. Suivant cette cadence soutenue, les New-Yorkais livrent donc leur troisième album en studio en quatre ans et font montre d'une productivité remarquable.

Mais en fait, la productivité, la vitesse de création ne sont pas forcément des qualités essentielles pour un artiste, un groupe. En revanche la liberté créative et l'originalité de composition sont des qualités redoutables. Peut-on dire que TV On the Radio, avec leur troisième opus, « Dear Science », fait partie de ces groupes productifs et créatifs à la fois?

Oui.

« Dear Science » est, comme le groupe l'a déjà fait par le passé, une sorte de balancier entre influences et univers très divers. Les rythmes funky rappelant largement les 70's colorées s'entremêlent avec aisance aux sonorités plus froides, étranges et 80's. TV On the Radio aime à pétrir les musiques diverses de telle sorte qu'il puise dans es styles et les cultures parfois opposés, afin de donner vie à une musique aussi unique que belle.

L'album débute par « Halfway Home » à l'ambiance extirpée des années 80 quque le groupe remodèle au goût du jour. La batterie filtrée à la reverb, la guitare distante, et le champ quasi-neutre de Tunde Adebimpe redorent le blason de cette musique jouée d'antan. Si les groupes des années 80 avaient daigné jouer comme la formation New-Yorkaise, soyez sûrs que je ne cracherais pas perpétuellement à leurs faces de mécheux tristes. Mais ce n'est pas le cas. Les Lyrics loin d'être enthousiastes, sur « Crying », contrastent avec le son pop et groove du morceau. TV On The Radio, au moins, et contrairement à beaucoup d'autres, a compris que les violons en cascade ne font pas les plus belles sad songs.

Alors que la guitare distillée avec parcimonie sur « Dancing Choose » soutient parfaitement un refrain chanté avec grâce et des couplets entre punk et rap, que « Shout Me Out » se vend comme une chanson pop FM avant que la batterie ne sonne la charge ; «Red Dress » invite une section de cuivres, de celles qu'on retrouve dans les fanfares du sud, pour accompagner, une fois n'est pas coutume, un morceau au groove imparable et au chant décalé.

On ne va pas lister les morceaux un par un, parce que ce n'est pas très intéressant, et que l'intérêt de cet album ne réside pas dans la succession des onze morceaux, mais dans son intégralité. Et dans cette intégralité, on retrouve un peu de tout, mais surtout beaucoup, beaucoup de talent et d'énergie. Un perpétuel aller-retour entre le nord et le sud, le passé et le présent, la musique noire et la musique blanche, qui nous prouve, s'il fallait encore le faire, qu'aujourd'hui cette question est largement dépassée. Surpassée même, dans le cas de TV on The Radio.

Par Womanos.

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02 octobre 2008

Portishead – Third.


TRACKLIST
    Silence
    Hunter
    Nylon Smile
    The Rip
    Plastic
    We Carry On
    Deep Water
    Machine Gun
    Small
    Magic Doors
    Threads

portishead_third


Découvrez Portishead!

 

Écrire une chronique sur ce troisième opus de Portishead, Third, sorti dix ans après le précédent, était devenu inévitable après avoir lu et vu l'article signé le Blog Art-Rock. Pour être tout à fait franc, j'avais vaguement écouté cet album, sans vraiment rentrer dedans, à la limite je l'écoutais d'une oreille, faisant tout et n'importe quoi en même temps. Cet article m'a donc motivé à réécouter cet opus avec sérieux, et c'est pour cela que je vous fait part de mes impressions.

 

Mais quel choc j'avais eu, ce jour là, lorsque je vis cette note de 10/10 attribuée au troisième opus du groupe de Bristol. Dix, ce n'est pas anodin : C'est la perfection incarnée, c'est l'album sans le moindre défaut, sans même une note manquante, un coup de baguette malheureux. Franchement, Third, c'est vraiment ça?

 

Non, à n'en pas douter. Partons déjà du postulat que le dix sur dix est certes accessible à un album, mais que pour l'obtenir, l'oeuvre en question se doit de vieillir lentement en cave, comme un bon vin s'y s'évertuerait. On ne peut pas, le lendemain de la sortie d'un album, ou même quelques semaines plus tard, le qualifier d'album parfait, à moins bien sûr, que la perfection soit éphémère !

 

Tout ceci n'est, en plus de n'être au final que du bla-bla, que mon point de vue. Musicalement parlant en revanche, oui ; Third est un album de grande qualité. Sans se renier, le groupe s'enfonce un peu plus dans la pénombre, et propose une musique hybride, pas aussi trip-hop que cafardesque. De la ballade morbide « Hunter », à l'électronique belligérante de « Machine Gun », le groupe aligne les composition obscures et dans une certaine mesure plutôt expérimentales. Si la voix de la chanteuse, Beth Gibbons apaise l'auditeur sur « Nylon Smile » et son electro-pop fantomatique, l'hypnotisant titre de fin « Threads » n'est pas aussi tendre. On notera aussi l'étonnant « Deep Water », comme perdu en plein milieu de cet album.

 

Composé comme une étreinte glauque et morbide, d'où sort parfois un fin rai de lumière, la musique de Portishead se veut plus déroutante et dérangeante que par le passé. Le temps de Dummy (1994) et de l'évidence d'un «  Glory Box » est bel et bien révolu. Finies les hymnes trip-pop, le trio de Bristol entre dans l'ere du bad-trip. A n'en pas douter, la troisième livraison des anglais, attendue depuis une décennie par certains, est la meilleure de toutes. S'ils étaient en retard avec Dummy, et si le virage était trop timide avec l'éponyme Portishead, Third en revanche, marque une rupture dans la continuité, et un envol d'un talent jusque là souvent bridé. Cet album n'est pas parfait, c'est certain, mais il est vraiment très bon, il est difficile de le nier.

 

Par Womanos.

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03 octobre 2008

Beirut - The Flying Club Cup

TRACKLIST

1. A Call To Arms
2. Nantes
3. A Sunday Smile
4. Guyamas Sonora
5. Le Banlieu
6. Cliquot
7. The Penalty
8. Forks and Knives (La Fete)
9. In The Mausoleum
10. Un Dernier Verre (Pour la Route)
11. Cherbourg
12. St. Apollonia
13. The Flying Club Cup

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Découvrez Beirut!

Beirut avait surpris la petite planète musicale en 2006, avec son premier opus Gulag Orkestar. Un an plus tard à peine (en 2007 donc, vous avez bien suivi les cours de math à l'école !), le groupe, ou plutôt le jeune Zach Condon, revient avec son second album studio « The Flying Club Cup ». Les thématiques du voyage et de la mélancolie n'ont pas quitté l'esprit du jeune américain. Mais depuis le « Gulag Orkestar », Owen Pallett, membre d'Arcade Fire, est passé par là; et a transmis son savoir à Zach Condon pour que ce dernier sublime un peu plus encore sa musique.

Si les senteurs de l'est européen se font toujours sentir sur « The Flying Club Cup », la musique française, et notamment ses accordéons habituellement ringards à souhait, enrichissent cette seconde livraison qui s'inscrit dans le sillon de la première, sans pour autant la mimer.  Les titres en français dans le texte (« Nantes », « Cherbourg », « Un dernier Verre (Pour la Route ») sont autant de références légères à l'hexagone, au sein d'un album qui reste estampillé du sceau des Balkans et des fanfares de là-bas.

Entre spleen et fête (« Forks and Knives (La Fête) »), Beirut délivre une musique profondément géographique. Si selon l'expression populaire elle n'a pas de frontière, la musique a en revanche une affiliation à un lieu, et dans le cas de Zach Condon, cette musique se dirige naturellement vers le sud-est européen, lieu de brassage s'il en est. Les cuivres et les rythmiques extrêmement orientales de « In the Mausoleum »  contrastent avec la relative discrétion du titre suivant (« Un dernier verre pour la route »), tandis que la voix du jeune homme originaire de Santa Fé, toujours aussi unique, toujours aussi mature, offre à toutes ces compositions originales, une classe indécente, presque injuste : Il est clair qu'à 23 ans à peine, chanter de la sorte, et être si habité dans son chant, si charismatique, doit irriter plus d'un jaloux chanteur médiocre !

Mais là ou là musique de Beirut se fait la plus belle, c'est lors de ces nombreuses envolées lyrico-balkaniques qui frappent l'album en plusieurs points. Comment ne pas être subjugué par l'intensité de « Guyamas Sonora », le chant habité de « Cherbourg » ou au contraire par la sobriété de « Penalty », soutenu par un fluet ukulélé?

Je suis de ceux qui pensent que l'inventivité est quelque chose d'important dans la musique, et que si elle stagne, son essence se dilue dans l'habitude. Avec Beirut, et bien que cet album soit le prolongement du précédent, on reste à mille lieux d'une musique stagnante. Il faudrait à coup sûr dix albums de la même trempe pour pouvoir espérer commencer à s'en lasser ! En résumé, une musique aussi belle que mélancolique, un chant rare et profondément habité, une inventivité remarquable. Et de tout ça se dégage une émotion ni fausse, ni feinte. A moins d'avoir un esprit cloisonné, d'être un rocker bourrin, ou de n'être touché que par les chants mielleux et surjoués de quelques chanteurs adeptes du théâtre plus que de la musique, on ne peut pas passer à côté de la musique de Beirut. Ce serait un crime, c'est certain !

Par Womanos

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L'antichronique moralisatrice, gratuite et pompeuse de Womanos

I) Le Rap en France : La Mascarade?

NTM_photo

Quoi de neuf depuis NTM?

Si la culture hip-hop est un mouvement artistique et social contestataire, est-ce que la musique rap doit l'être forcement? Mine de rien, la question se pose. D'aucuns diront que oui, ce qu'il y a d'intéressant dans le rap, ce sont les paroles, et qu'après tout la musique ne vient qu'en second plan, qu'elle ne vient même pas du tout pour quelques uns. Ce point de vue est à mon sens non seulement totalement dépassé, mais il abaisse en plus la musique rap au rang de style mineur : les rappeurs ne seraient après tout pas des musiciens à part entière, mais juste quelques néo-troubadours engagés politiquement et/ou socialement.


Découvrez Booba!

booba_autopsieEn fait, ce point de vue en arrange beaucoup. A commencer par cette génération merdeuse de rappeurs francophones. D'un côté nous avons Booba, de l'autre, Sinik ou Diam 's. D'un côté nous avons le provocateur au flow de chèvre exhibant bien plus sa dignité phallique que ses talents d'artiste. De l'autre, nous avons les chèvres engagées. Le pendant rap d'un Cali ; c'est dire ! Diam's par exemple, qui écrit le morceau « Marine », hymne aussi populiste que merdique d'un point de vue musical, et qui se veut subversif. La seule subversion ici, c'est d'oser sortir un titre aussi vide au niveau des idées qu'au niveau de la création artistique.

Si dans les années 80 et 90, les aïeux Kool Shen et JoeyStarr conduisaient la machine de guerre NTM avec une rage sociale non-feinte, la qualité de leur musique n'était pas à chercher exclusivement dans le sens de leurs textes. La qualité musicale du duo était autrement supérieure à celle des Soprano, Sniper et autres couilles molles qui représentent. Les rythmiques de NTM étaient certes simpliste, mais la production irréprochable favorisait la puissance sonore du groupe. Les prestations live énormes étaient au rendez-vous (Live au Zenith), et le flow de JoeyStarr n'a jusqu'à aujourd'hui pas été égalé, ni même concurrencé, dans ce rap francophone là.


Découvrez Suprême NTM!

diams

On l'aura bien compris, ce rap là n'a pas voulu évoluer. Se complaisant dans sa propre caricature, il est devenu aussi grotesque que mauvais. A écouter les spécialistes musicaux de France 2 & Co., le rap c'est bien, et Diam's en est une digne et remarquable représentante, d'autant plus qu'il s'agit d'une femme. Mon cul ouais, elle fait d'la merde en barres, avouez !


Découvrez Diam's!

A la vue de ce spectacle consternant, il faut donc chercher ailleurs l'intérêt du rap en France. La majorité des artistes dits « mainstream » ne se sont jamais posé la question, puisque le lobby d'une radio nationale très connue leur permet de vendre des dizaines de milliers d'exemplaires de leur infâme merde sonore, sans faire d'efforts.

 

 

skyrock

Sur la liste des artistes rap qui n'ont pas droit de cité sur la bien-nommée Skyrock, on retrouve plusieurs petites familles. Il y a bien sûr le rap dit « alternatif », au sein duquel bon nombre de groupes différents se côtoient, un peu en marge de la grande mascarade. Avec plus ou moins de bonheur, des gens comme Fuzati, TTC ou les Gourmets proposent une autre vision du rap. Les puristes du rap à l'ancienne les qualifieront de « faux rappeurs en bois », ce qui ne peut pas être le cas de Fayce le Virus. Ce dernier justement, est proche des Gourmets. CQFD.

fuzati

Il y a aussi le rap sans concession de La Rumeur, groupe parisien qui ne fait pas dans la fausse provocation, et qui se contente d'user de son droit d'expression, au risque d'être inquiété par la justice, et par le ministre de l'intérieur d'alors ; Nicolas Sarkozy. La Rumeur maintes fois relaxés par la justice, Sarkozy et sa bande ont fait appel à chaque fois afin de faire condamner la formation parisienne. Musicalement, le groupe développe un rap axé sur le sens comme sur le fond. Les MCs ne disposent pas tous d'un flow vraiment remarquable (ils ne sont pas connus psykickpour la rapidité de leur élocution), mais la verve de leurs flows et leurs lyrics associés à l'ouverture musicale enrichie qu'on retrouve sur les instrus (Serge Teyssot-Gay, de Noir Désir à la guitare sur "Je suis une Bande Ethnique A Moi Tout seul") variées du groupe.

Pour continuer dans un rap à la facture classique quoiqu'inventive, il y a, dans un autre genre, celui distillé par Psykick Lyrikah, duo formé par le MC Arm et le DJ TeddyBear. Pour le coup, la qualité d'écriture est au rendez-vous, et ferait baver d'envier Sinik ou Diam's, encore faudrait qu'il que ces derniers se rendent compte du talent d'écriture d'Arm (Il faut absolument écouter leur premier album "Des Lumières sous la Pluie" et pourquoi pas aussi les suivants tant qu'on y est, tous très bons !).

Aussi, on pourra citer La Caution, peut être l'un des plus dignes représentants de notre rap francophone foisonnant. Les deux frères ont le mérite d'allier à la fois des instrus inventives et variées, et un flow efficace et esthétique, tout en tentant dans le même temps de proposer des lyrics originales prenant aussi bien en compte la forme que le fond.


Découvrez La Caution!

Ne nous arrêtons pas à cela pour autant. Le rap français est bien plus développé et diversifié qu'il ne le laisse transparaitre de prime abord. Tout comme le rock est un style musical qui regroupe de nombreux genres, le rap englobe quant à lui de nombreuses variantes. Ainsi le rap que propose Booba est différent de celui d'un Sinik dans la réalisation (d'ou le célèbre "clash" entre les deux, bien que cela relève également d'une basse querelle d'égos surdimentionnés). La musique de NTM privilégie la puissance sonore tandis que celle du Klub des Loosers (Fuzati) s'évertue à tirer la corde de l'humour noir et de la chronique sociale décalée.

Enfin, il y a les ovnis, ceux qu'on ne saurait vraiment pas classer, qu'on hésite même à qualifier. NonStop par exemple, et son rap angoissant, electroïde et décalé, dont les lyrics, sous-couverts d'absurdités, regorgent de sens-cachés sociaux : tout ce que les rappeurs de cette nouvelle génération Skyrock n'ont pas eu le talent de faire

stupeflipStupeflip est à n'en pas douter le groupe le plus hybride de la scène rap française. A tel point que certains n'osent pas le qualifier ainsi. Selon le "Crou", Stupeflip est une formation qui mélange "rock, rap et ritournelles de variété". Leur univers de prime abord très léger et complètement fou renferme en fait quelques subtilités et questions qui reviennent à maintes reprises sur leurs deux albums studios ("Stupeflip", puis "Stup Religion") : le thème de l'enfance est par exemple omniprésent dans leur musique, bien que le groupe ne s'en défende. Un univers très riche et complexe en somme qui place Stupeflip à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de cette grande famille du rap en France.


Découvrez STUPEFLIP!

sscIl ne s'agit bien sûr pas d'opposer un rap mainstream à un rap underground et alternatif. Ce débat là également est dépassé. Mais force est de constater que les médias nationaux ne remplissent absolument pas leur rôle de diffuseurs de culture. Se contentant de proposer la plus basse fange de la musique rap française, il se montrent indéniablement complices d'un abaissement général du niveau montré sur les ondes et les antennes. Comment peut-on affirmer que le rap est une musique de grande qualité, comme toutes les autres, si les points de comparaisons se nomment Diam's, Psy4 de la Rime ou encore Rohff. Pour rester dans le mainstream, et pour ne pas forcement avoir l'air de dire que l'alternatif est forcement meilleur ; prenons un contre exemple. Le Saian Supa Crew par exemple, qui allie avec talent humour et sérieux, le tout accompagné d'instrus drôles ou sombres, selon le titre. Leur meilleur album est certainement le second, X Raisons, alors que le premier, KLR, manquait de maturité, et que le troisième, Hold Up, sombrait trop souvent dans la facilité. Depuis, certains membres ont quitté le navire. Si Vicelow (noir à lunettes) est resté, Leeroy (sans doute le membre du SSC au meilleur flow) ainsi que Specta qui apportait une touche glauque aux titres du Crew, sont quant à eux partis.

Leeroy justement, sur son premier album studio "Open Bar", nous propose une imitation caustique très convaincante du "Rap Booba"sur Allo Docteur. Une manière de dire que la tendance actuelle, à singer B20 pour plaire au public, est tout à fait ridicule.


Découvrez Leeroy!

A  travers tous ces exemples, on a bien vu que le rap en France ne va pas toujours dans la même direction. Au contraire, il est constitué de multiples courants, lesquels sont pour la plupart largement sous-représentés, tandis que d'autres monopolisent la couverture médiatique sur eux. C'est pour cette raison sans doute que certaines personnes se permettent de critiquer le rap alors qu'ils n'ont malheureusement pas toutes les cartes en main pour pouvoir se faire une idée un minimum objectif.

Ceux qui considèrent alors que le rap n'est une musique monocorde et dotée d'une unique facette bridentLeeroy_17_F_vrier_2007__6_ considérablement son potentiel de grande musique, alors que les artistes les plus créatifs au sein de ce style musical sont sans arrêt laissés dans l'ombre au profit des arnaqueurs de premier rang. Alliant à la fois la musicalité instrumentale et celle du flow, cette musique est qualifiée par ses détracteurs de  brouhaha non-mélodique. Ceux-là confondent donc la musicalité et la mélodie, et trouveront par conséquent que ce que font des gens comme Michel Sardou est autrement plus légitime que le rap lorsqu'il s'agit de qualifier une création dla_caution_420x420e musique ou non. Ca peut paraître absurde, mais pour certains, le rap n'est qu'une succession de mots incompréhensibles, déblatérés sans technique ni recherche. Ne les blâmons pas pour autant, et essayons de les convertir à l'amour de la musique, quelle qu'elle soit, d'autant plus que le rap français est sans doute l'un des plus créatifs en ce moment ! Les groupes qui ont été cités ici, qu'il s'agisse de La Rumeur, le Saian Supa Crew, La Caution, Psykick Lyrikah, ou même le Klub des LoosersTTC et Les Gourmets, en passant par Stupeflip et NonStop ont évidemment leur place sur la scène rap. Ils bénéficient tous d'un public plus ou moins conséquent, mais leur musique reste tout de même plus confidentielle que les rappeurs sponsorisés par Skyrock, MTV, etc.

Comme je le disais précédemment, il serait temps que les médias les plus exposés, et pas seulement les plus petits, commencent à être concernés par la culture. Cela vaut pour le rap c'est vrai, mais pas exclusivement. Il s'agit d'un exemple parmis d'autres, qui montre que les télévisions et radios nationales, ne font pas le maximum pou reveler au public ces artistes qui le méritent. Preuve en est, les Victoires de la Musique, on seuls quelques groupes propres sur eux ont le droit de prétendre à un prix. En 2005, La Caution sortait son excellent second album "Peine de Maures/Arc-en-Ciel pour Daltoniens". Dans la catégorie fourre-tout "Rap, Hip-hop, R'n'B", étaient nommés TTC certes, mais aussi Passi, Rohff, et Nadiya, cette dernière ayant remporté la recompense. Les Victoires de la Musique qui sont qualifiées de grane fête de la musique française, devraient logiquement récompenser le meilleur travail artistique. Au lieu de ça, la cérémonie fonctionne comme les autres cérémonies de recompense musicale cathodiques : On récompense celui qui vend le plus d'album ; ce qui revient à dire à demi-mot que ceux qui vendent le plus sont les meilleurs. 


Découvrez Nonstop!

 

 

PS : je ne vous ai pas fais l'affront d'évoquer Sefyu ou Manau.
Le style change entre les deux, pas le niveau.

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04 octobre 2008

L'antichronique moralisatrice, gratuite et pompeuse de Womanos II

II) La Nouvelle Scène française : Tout un Programme !

gainsbourg

Gainsbourg, et après?

 

On le sait, depuis toujours, la France est un haut lieu de la chanson. De tout temps le français a privilégié labrel_ferre_brassens_zoom chanson populaire, le fond à la forme, et les artistes les plus populaires ont toujours été ceux qui écrivaient et chantaient des textes travaillés, à défaut de travailler de la même manière leur musique. Il y a eu les « 3 B » bien sûr : Brel (un belge !), Brassens et Barbara ; mais aussi des gens comme Léo Ferré.

Si la musique de Ferré était moche et un peu craignos, certains de ces textes parvenaient clairement à flirter (voire plus) avec la poésie. Concernant Brassens c'est un peu différent, puisque son chant reconnaissable parmi cent lui permettait d'avoir son propre genre musical. En plus de cela, son jeu de guitare, parfois appuyé par une contrebasse, n'était pas si vide qu'il n'en avait l'air, et les influences jazz se faisaient sentir dans sa musique.


Découvrez Georges Brassens!

Au sein de cette entité qu'est la chanson française, et cela dès la fin des années 1950, un homme s'est posé en exception confirmant la règle. Serge Gainsbourg bien sûr, dont l'approche musicale était, tout en gardant les codes typiquement français, plus proche de celle des anglo-saxons que d'autre chose. En clair, Gainsbourg était un amoureux de la musique et de la mélodie, et ne se résignait pas seulement à écrire des textes qui tendaient vers la poésie.

Est-ce que d'autres ont suivi cette voie? Rarement. Dans les années 80, il y a bien eu Daho et dans une moindre mesure Chamfort, lesquels  je ne porte pas spécialement dans mon coeur, qui ont tenté -selon moi 97_noir_desirsans grand succès- d'écrire quelques chansons pop à l'évidence imparable. Du côté d'un rock mou, il y a aussi eu des gens comme Bashung, Murat, mais tout ça restait très loin du bouillonnement musical qu'on retrouvait outre-manche et outre-atlantique. Dans les années 90, il y avait bien Noir Désir, mais leur approche très Brelienne du rock n'a pas permis de mettre suffisamment en avant la musicalité, toujours rattrapée par l'écriture de Cantat.
Si les français ont toujours tellement apprécié la chanson à texte, ce n'est cependant pas dans ce domaine qu'ils sont les meilleurs. Depuis quelques années la culture musicale française s'est élargie à d'autres horizons, et il n'est pas rare aujourd'hui de trouver des artistes français respectés à l'étranger pour leurs créations autrement plus musicales que celle de leurs aieux. C'est le cas dans l'electro et dans le rap. Malheureusement, le plus grand nombre s'obstine à sacraliser la chanson française comme une exception culturelle remarquable, nous y reviendrons.

 

Comme je le disais plus tôt, Gainsbourg a été un des rares à proposer d'écouter la musique en français dans le texte sous un autre angle. Ne prenant pas la qualité d'écriture comme un prétexte pour proposer une musique trop médiocre, il a sans doute réalisé le meilleur album de pop de l'hexagone : Histoire de Melody Nelson (1971), et cela malgré le handicape vocal que représentait Jane Birkin. Cet album reste  un événement sergefondateur d'une autre chanson française, bien qu'elle soit encore aujourd'hui à un stade embryonnaire. N'hésitant pas à  y incorporer des rythmiques funky, et des influences très rock, Gainsbourg s'est toujours posé en chercheur de sonorités. Sonorités qu'il trouvera avec plus ou moins de réussite dans les années 1970 et 1980.


Découvrez Serge Gainsbourg!

Retour vers le présent. Laissons de côté les Aznavour, Cabrel, Halliday ou Sardou. Concentrons nous sur ce qu'on appelle pompeusement « la Nouvelle Scène Française ». Au sein de celle là il y a plusieurs courant, mais, commençons par évoquer le roi Matthieu Chédid, -M- de son nom d'artiste. Intouchable parmi les intouchables, il est un de ces « fils de » (au même titre qu'un Thomas Dutronc), certes doté d'un talent indéniable, mais la popularité dont il jouit, et l'extase qu'il provoque chez les commentateurs Naggui-like, sont largement surfaites.

Mathieu_Chedid5

le "taratata" n'est pas ici par hasard !

Il y ensuite la dynastie des gastéropodes dépressifs. Leur fer de lance est sans aucun doute ce très cherdelermtrotris Vincent Delerm, qui n'est en vérité qu'un incapable (preuve sonore à l'appui). Dans une saignée plus ou moins similaire, Bénabar et sa chanson réaliste, sous-couvert de textes humoristiques (ha bon?) dévoile au monde entier ou presque sa voix monocorde, sa musique sans saveur.


Découvrez Vincent Delerm!
Doux Jésus...

Dans un tout autre style, les troubadours alter-mondialo-capitalistes de Tryo ou de La Rue Ketanou se taillent une part belle du gâteau, en exploitant le filon de la rébellion cannabi- quement pacifique. La démagogie de leur propos n'a sans doute d'égal que la médiocrité de leur simili-reggae Fm (ou la variante « l'accordéonisme caravanistique »). C 'est dommage, parce ruketanouqu'à l'étranger, certains se servent à peu de choses près de ces sonorités là  pour créer quelque chose de supportable. En France même, le groupe Java, adepte de l'accordéon sur leur premier opus, était parvenu à en faire quelque chose de tolérable !

On va garder un peu de dignité et vous épargner Jeanne Cherhal, la Grande Sophie ou encore Vanessa Paradis ; pour passer directement aux quelques motifs de satisfaction issus de cette nouvelle scène française. Malheureusement, il s'agit en fait souvent de demi-satisfactions. A la sortie de son premier opus, Ridan semblait frais et sympathique, mais là encore, une chanson à texte parsemée de fautes de conjugaison, ça fait un peu tache. Le concernant, l'espoir n'a donc été que de courte durée. Les Têtes Raides en revanche sont plus difficile à cerner. S'il ont sorti une bonne quinzaine d'albums, au cours desquels ils naviguaient entre chanson teteet rock, seuls quelques uns méritent un salutation. En 2005 sortait Fragile. On pouvait y retrouver « Je voudrais pas crever », long poème de Boris Vian, habilement mis en musique : une façon de conserver l'attrait de la chanson française pour les textes, tout en proposant en parallèle, une véritable proposition musicale.

Enfin Tété, auteur de trois albums (L'air de Rien ; A la Faveur de l'Automne, Le Sacre des Lemmings et autres contes de la Lisière) est un des rares artistes français à s'être lancé dans un paysage musical plus folk. A la manière des américains ou des anglais, il sait proposer une folk-pop mise en avant par le jeu de guitare, le son relativement dépouillé, et une recherche de la mélodie inédite et pas convenue. S'il s'était lamentablement vautré sur son second album, il a en revanche proposé quelque chose de fort original sur les deux autres.


Découvrez Tété!

Si les artistes français qui se lancent dans la chanson parvenaient plus souvent à s'approprier la musique folk et rock, sans avoir l'ego surdimensionné de penser qu'ils proposent une musique aussi originale qu'inégalable (ce qu'ils semblent être les seuls à penser), peut-être auraient ils plus de succès à l'étranger, et sans doute pourraient ils proposer des oeuvres plus originales et inventives. Ils ne semblent malheureusement pas très bien partis pour cela.

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06 octobre 2008

Bexar Bexar - Tropism

bexar_tropismTRACKLIST
01 Sweet Devil
02 Listening To Your Party
03 Tearing Apart The Noise She Makes
04 Oil Thumbprints
05 Cotton In The Grossness
06 The Messy Message
07 Patterned Like Lovers
08 A Little More South
09 Window Piece
10 Unsettled And Unable

 

 


Bexar Bexar semble être l'oeuvre d'un américain, originaire de New-York et résident à Austin. « Tropsim » est le deuxième album solo du groupe en question. Une pop minima liste et ambient aux accents électroniques à la fois répétitive et pittoresque. Les notes de guitares ou les touches de claviers s'entremêlent avec intensité et délicatesse pour former dix pièces uniques et travaillées.

Tout commence par « Sweet Devil » son arrière plan sonore maritime brouillonnant qui contraste avec cette guitare acoustique sur le fil du rasoir. Entre deux notes, on entend le bruit filant des doigts sur les cordes, impureté s'il en est de prime abord, qui se mue vite en un bruitage attachant. La pochette de l'album déjà annoncait la couleur de cette album. Une photo jaunie par le temps, un jeune homme sur un bateau de pêche, « Tropism » était bien un appel aux voyages.

Une ambiance legerement pesante sur certains titres (« Tearing Apart the Noise She Makes » et son fond inquiétant) contraste avec la luminosité de ces guitares jouées note après note, rappelant le classique par moment. Cette musique ambient ne saurait pour autant être écoutée en musique d'ambiance. « Tropism » demande à l'auditeur un effort. Il ne suffit pas d'insérer le disque dans la platine et de laisser aller. Il faut véritablement se concentrer sur cet album, ne rien faire sinon l'écouter, au risque, si on ne suit pas cette recommandation, de passer totalement à côté du sujet.

Une œuvre très répétitive, marquée ça et là de titres qui sortent tout de même du lot (« Patterned Like Lovers »), et qui invite à n'en pas douter au voyage, qui est en outre capable de plonger l'auditeur dans un spleen décomposé, mélancolie certes, mais pas seulement. La beauté de ces instruments effleurés qui avancent avec les samples désarticulés offrent à l'auditeur de rentrer dans « Tropism » comme ils iraient en terre inconnue pour la toute première fois. Pas trop de références pour cet opus, pas non plus de guide clair, ou de fil conducteur, si ce n'est la mélodie de ces notes déposées. Aucune rythmique claire, comme si la volonté de Bexar Bexar était de perdre l'auditeur en plein coeur de l'opus.

Les sons de cet album se décomposent sur deux étages. Le premier étage est composé de ces samples distendus, arythmiques et allongés qui nous font penser être enfermés dans une bulle de savon qui déformerait les sonorités avoisinantes. Le second étage est au contraire parsemé de notes d'une guitare cristalline qui nous invite à l'évasion étrange, sans nous citer pour autant la direction à prendre. Un album répétitif certes, qu'il ne fait pas bon écouter en comité élargi, mais qui ravira sans aucun doute les périodes de rêveries solitaires.

 

Par Womanos

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La Caution & Château Flight – Crash Test

laCaution_crashtestTRACKLIST

01. ambulance opulente
02. crash test
03. une épave sur la route (avec alin adren)
04. déserts et lézards
05. mauvaise descente
06. crash test (instru)
07. une épave sur la route (instru)
08. déserts et lézards (instru)

Lorsque deux duos de grand talent se rencontrent et ensemble font un album, ça donne une pièce jouée à quatre mains de maîtres. La Caution (Hi-Tekk et Nikkfurie) et Château Flight (Gilb'R et I:Cube). Le groupe de rap français s'associe donc sur cet opus à un groupe d'electro, pour créer une petite bombe hip-hop plus efficace que jamais. Sorti en 2002, « Crash Test » est une compilation de huit titres, dont trois instrumentaux. Les instrus electro se marient parfaitement aux flows des deux rappeurs de Noisy-le-Sec.

Sur « Ambulance Opulente », premier titre totalement (ou presque) instrumental de l'album, des rires étranges se déposent sur un son saccadé et mené par une rythmique classique d'où sort quelques sonorités originales. « Crash test » le titre qui donne son nom à cet EP voit entrer en scène Hi-Tekk et NikkFurie, lesquels ne se font pas prier pour distiller un rap efficace à souhait sur une instru rappelant celles de La Caution sur « Asphalte Hurlante », tout en sentant bien la patte electronisante de Château Flight. Fichtrement efficace, ce titre, qui nous donne vraiment envie d'entendre ce que ça peut donner en live.

« Une épave sur la route » est un titre plus mélo-dramatique aux sonorités post-70's étonnantes, et sur lequel le bien-nommé Hi-Tekk est soutenu par la chanteuse japonaise Alin Adren. Les lyrics des titres non-instrumentaux de cet album sont encore une fois à la hauteur. La Caution envoie avec son flow des paroles parfois drôles, parfois un peu inquiétantes aussi. « Une épave sur La Route » revient en fin d'album pour sa version instrumentale, tout comme « Crash Test » et enfin « Déserts et Lézards », qui dans son titre, nous rappelle l'étrange pochette de cet opus. Ces trois titres instrumentaux permettent à l'auditeur d'apprécier avec plus de précision le niveau sonore proposé par le groupe Château Flight.

Cet album est en fait une belle rencontre. Ces vingt minutes ne peuvent malheureusement pas rassasier l'auditeur, qui en aurait à coup sûr demandé plus, mais offrent tout de même un bon en-cas de qualité, lequel donne grandement envie de réécouter les albums respectifs de La Caution et de Château Flight.

Par Womanos

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OrelSan - MC Normand !

2312438495_8503823be1On va essayer de faire simple et concis. Orelsan c'est un peu un déglingué du cerveau. Originaire de Caen City, le normand a fait ses armes avec Gringe au sein du groupe Casseurs Flowters, et sur diverses mixtapes (Undertoc, Bombattak, Ombre 2 choc 2, Talents fâchés 3, Rap 2 rue, Herbes de provinces, Apash). Orelsan nous parle depuis quelques années déjà de son premier album, et on finissait par ne plus y croire, en se disant que le jeune homme est bien gentil, mais qu'il faudrait qu'il arrête d'affirmer des nouvelles aussi fraiches qu'un poisson de la Seine. Tu vois le topo?

Enfin bref, il se trouve que dernièrement, Orelsan annonce qu'il a signé un deal avec le label indé « 3eme Bureau », que son album est en phase d'être bouclé, et qu'il va faire une mini-tournée qui passera deux fois à la Boule Noire (Paris) au mois d'octobre. Du lourd donc, du concret qui justifie cette chronique informative plus que critique !

Très porté sur le sexe et l'alcool, ses deux passions vraisemblablement, Orelsan distille avec son flow improbable, des lyrics qu'on pourrait qualifier de vulgaires, bien que souvent drôles. Il a pour lui un certain talent lorsqu'il s'agit d'aligner les punchlines : « ferme ta gueule, ou tu vas t'faire Marie Trintigner » (« Saint-Valentin »). Certes, si on est militant féministe adepte du premier degré, comme l'est la vieille Isabelle Alonso, ça risque de passer en travers de la gorge, si je puis dire. Mais en oubliant ces considérations très terre-à-terre et relativement chiantes, ça reste plutôt drôle. Bénéficiant de bonnes productions de Skred, le Mc Normand sait être mélancolique et sérieux (pas vraiment en fait, mais à sa manière en fait) sur « Sous Influence » mais aussi sur son titre le plus populaire « Changement ».

Si comme on l'a dit, son flow est improbable quoique tout à fait unique, une de ses qualités majeures est lebig sens inné de la punchline. Pas qu'il soit un véritable adepte de l'écriture originale et de qualité comme le serait un fuzati, loin de là, mais les thèmes abordés ici, parviennent à l'être sous un angle inédit, et appuyés par quelques phases délectables : « J'arrache le piercing du sale blanc dans tribal king » (« Sous Influences ») ; « Ma génération Game Boy sniffe plus de lignes qu'un Tétris » (« Changement ») ; "Hey devinez qui débarque sans crier gare? C'est O.R.E.L San, moitié homme, moitié pilier de bar !" (« Sous Influences »).   

Son côté un peu bourrin et vulgaire pourra rebuter les uns, lasser les autres, mais ce rappeur made in calvados a le mérite de proposer une musique souvent drôle, et a bien le droit je pense, d'être au moins connu par un plus grand nombre. Après, c'est à chacun de se faire son opinion !

Par Womanos.

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Robert Wyatt – Rock Bottom

TRACKLIST

Robert_Wyatt___Rock_Bottom1. Sea Song
2. Last Straw
3. Little Red Riding Hood Hit The Road
4. Alifib
5. Alifie
6. Little Red Robin Hood Hit The Road

Je n'ai pas pour habitude de chroniquer de très vieux (même si tout est relatif) albums, parce que d'autres l'ont fait bien mieux que moi auparavant. Mais quelques fois, je ne peux pas m'empêcher d'évoquer tel ou tel artiste. Ça a été le cas avec Jimi Hendrix et Electric Ladyland ; Et c'est aussi le cas ici, avec cet album de Robert Wyatt : « Rock Bottom ».

Avant de passer à l'écoute à proprement parler de cet opus, il convient de remettre la genèse de cet opus dans son contexte. Après une chute de quatre étages, Wyatt se retrouve à l'hôpital. Paralysé des deux jambes, c'est au cours de cette période qu'il compose, à l'aide de son piteux Bontempi, cet album solo. L'ancien batteur des Soft Machine perpétue la sordide légende rock selon laquelle des pires tragédies émergent les plus beaux albums.

Parce qu'en effet, « Rock Bottom » est un très bel album. Les nappes sonores sous-marines de « Sea Song » font écho au chant aérien et haut perché de Robert Wyatt. Six morceaux en tout composent cette oeuvre. Et les six provoquent une sorte de réaction épidermique. Sans même connaître les circonstances extra-musicales de la création du disque, on sait que le musicien a quelque chose à dire, et que son talent de composition hors du commun est mis à la dispositions de titres étranges, tels que « A last Straw » et sa descente en sous-sol lente et alambiquée. Le rock est présent, mais pas tant que cela au final. Les cuivres qui agissent comme des chocs electriques viennent raviver les états de végétation, de marasme et de sensation de ne plus pouvoir avancer (« Little Red Riding Hood Hit The Road »).

« Little Red Riding Hood Hit The Road » est justement un morceau décomposé en deux parties. La première partie correspond au titre numéro trois de l'album, tandis que la seconde partie, sixième et dernier titre de l'album, se dessine en conclusion de classe absolue. La rythmique quasiment militaire au début du morceau, massée, puis remplacée par des textures sonores très hautes, sorties de claviers malades et de guitares déprimées, se muent en mélodie teintées d'une hauteur psychédélique et d'un spleen à semi-palpable. Le « White Rabbit » du Jefferson Airplanes dérangé par beaucoup plus malicieux que lui en somme. Un morceau aussi, ou les sonorités se répondent, les différents mouvements se succèdent naturellement.

« Rock Bottom » reste un grand album des années 1970.  Sorti en 1974, A contre-courant d'une vague musicale très axée sur la guitare, le rock furieux, Robert Wyatt se pose et s'impose en dandy aussi bien désabusé que lumineux, aussi triste qu'heureux. Cet album est tout simplement beau ; et  il effleure le jazz ça-et-là, et flirte à maintes reprises avec l'ambient pour au final donner une impression des plus bizarres : une sorte de neurasthénie lumineuse.

Par Womanos

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